À partir de quand est-on journaliste ?

Posté le 19 septembre 2008 par Aurelien dans Actualité

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Note de l’équipe du Journal du Blog : Dans le cadre de notre concours d’articles, Flavien Ganter vous propose un débat : à partir de quand est-on journaliste ?

journaliste À partir de quand est-on journaliste ?C’est un sujet qui revient souvent sur le tapis et qui divise énormément : les expressions “journaliste” et “blogueur” ou encore “citoyen” sont-elles compatibles ?
C’est certainement un des sujets qui fait le plus jaser, autant du côté des journalistes professionnels , que des blogueurs. Une simple recherche sur la Toile suffit pour le prouver : c’est un sujet qui fait débat. Pour compliquer un peu le problème, les blogueurs ne sont pas d’accord entre eux sur le statut qui devrait leur être donné ; du côté des journalistes, la division est présente, mais beaucoup moins visible. L’enjeu est surtout important du côté des premiers : leur donner un statut de journaliste professionnel - et, par conséquent, une carte de presse - leur permettrait de jouir de privilèges nouveaux, tels que des entrées pour des séances de cinéma ou des expositions (bien que certains blogueurs dits “influents” ont déjà ces privilèges). Tout cela en plus des autres avantages et cadeaux déjà acquis par ces “journalistes du Net” (toujours pour les plus influents, là encore).

Vidéos. C’est grâce à la participation du public à la fabrication de l’information de que des images, comme celles du tsunami en Asie du Sud-Est - en décembre 2004 - ou encore des attentats de Londres - en juillet 2005 -, arrivent dans les rédactions du monde entier, et nous sont ensuite servies toutes chaudes. Vidéos qui rapportent à leurs auteurs un beau petit pactole : lors du tsunami, par exemple, France 2 avait racheté une vidéo amateur à plus de 900€ ! Mais le journalisme participatif n’est pas une phénomène sans précédent : l’assassinat du Président Kennedy - en novembre 1963, à Dallas - a été tournée par… un amateur !

Tous journalistes ? N’importe quel quidam peut aujourd’hui se prétendre journaliste - local, du moins - en s’exprimant et en participant à l’information grâce à l’essor des nouvelles technologies et son accessibilité au grand public. Tous peuvent en effet publier des articles sur leur blog, et les rendre disponibles. Beaucoup de citoyens

ont désormais envie de s’exprimer comme des journalistes. Pour preuve, NowPublic - un site participatif canadien fondé en 2005 - regroupait en 2007 127000 “reporters” dans plus de 4000 villes, et cette “agence” a de l’ambition : elle n’hésite pas à affirmer, sous la houlette du co-fondateur du site, Leonard Brody, qu’elle veut devenir la première agence de presse du monde, devant Reuters, donc. La plupart de ces “journalistes citoyens” ne possèdent pas leur propre plate-forme d’expression mais utilisent des portails spécialisés. Un des pionniers en Europe : AgoraVox, lancé en mai 2005, ne faiblit pas et s’est même renforcé grâce aux dernières élections présidentielles, qui ont réveillé quelques vocations “journalistiques”. Mais parfois, ce sont aussi des journalistes professionnels qui organisent ce “journalisme citoyen” ; des anciens du quotidien français Libération ont ainsi lancé en mai 2007 Rue 89. Mais là, les contributions ne proviennent pas uniquement d’humbles citoyens, mais aussi de journalistes professionnels et d’experts. Les articles des premiers ne représentent en fait qu’un tiers du contenu total. Mais les grands média nationaux commencent, eux-aussi, à jouer le jeu du “journalisme citoyen”, certains de manière minime - à l’instar de CNN ou du New York Times -. D’autres demandent carrément à leurs lecteurs, s’ils sont témoins d’un événement, de le leur envoyer, comme le quotidien espagnol El País.

Ouverture. Du côté français, les média professionnels commencent également à se mettre à l’heure des nouvelles technologies mais aussi de la participation citoyenne. Les rédactions professionnelles avaient déjà dû s’adapter avec l’arrivée d’Internet il y a quelques temps, mais leur progression dans ce domaine reste quand même bien timide. Cependant, ces derniers temps, la majorité des sites Web de quotidiens, hebdomadaires et autres newsmagazines ouvrent un espace de commentaire pour leurs lecteurs. Dans la majorité de ces sites, la présence des réactions des internautes est très visible, mais il en reste encore - comme Le Nouvel Obs ou La Tribune - dans lesquels il est encore difficile d’accéder à la page des commentaires, qui est, par ailleurs, dans la grande majorité des cas, sur un autre page que l’article lui-même. On trouve également, sur quelques rares sites de journaux - comme Libération et Le Monde - des forums pour les internautes. Mieux, d’autres, encore plus rares - 20 minutes ou encore Le Monde - proposent à leurs lecteurs (ou leurs abonnés, dans le cas du journal Le Monde) une plate-forme de blogs, pour les encourager à s’exprimer.

89ème rue. Ou le cas Rue 89. Rue 89 - nous en avons déjà parlé tout-à-l’heure - est un site d’informations qui mêle expression citoyenne et articles de professionnels - qu’ils soient journalistes ou experts -. Les journalistes professionnels assurent une quantité d’articles suffisante, alors que les citoyens et les experts interviennent de manière irrégulière. Mais la participation des internautes ne s’arrête pas à cela, elle continue avec la possibilité de commenter les articles postés, de signaler une information, etc… Et les participations “citoyennes” sont complètement intégrées dans le “flux” d’articles : on ne les différencie que par un petit pictogramme, visible uniquement sur le site, mais pas, donc, dans le flux RSS1. Autres points relatifs à la participation, les auteurs des articles répondent aux commentateurs et corrigent leurs articles si les lecteurs signalent des erreurs, par exemple. Mais tout ce “monde” n’est pas un paradis pour les modérateurs, ceux-ci sont tout de même garants d’une charte éditoriale - vaste, certes - mais tout de même présente.

Journaliste citoyen ? Certains blogueurs définissent leurs statuts comme “journaliste citoyen”, ce qui fait évidemment bondir bon nombre de journalistes. Il faut différencier les deux mots - “journaliste” et “citoyen” - pour vérifier s’ils sont compatibles. « Le journalisme est l’activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des faits pour les porter à l’attention du public à travers les média [presse écrite, radio, télévision, Internet ainsi que les agences de presse, NDLR]. »2 De plus, le journaliste respecte des règles déontologiques, doit mettre ses opinions entre parenthèses et présenter la vérité telle quelle, sans artifice aucun, et doit citer ses sources. Il possède la carte de presse, délivrée par la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP), qui n’est pas donnée en fonction du respect ou non d’une charte déontologique. Selon le site de la CCIJP, « [pour obtenir la carte] il faut exercer la profession depuis trois mois aux moins consécutifs, et tirer de cette activité le principal de ses ressources, c’est-à-dire, plus de 50%. Naturellement, les fonctions exercées doivent être de nature journalistique. Enfin, l’employeur doit être une entreprise de presse (écrite ou audiovisuelle) ou une agence de presse agréée. » Or les blogs et autres plates-formes d’expression ne sont pas des organismes de presse, et les blogueurs et les “journalistes citoyens”, pour la plupart, ne sont pas rémunérés. Il suffirait alors qu’un blog soit produit par une entreprise de presse pour que les rédacteurs puissent être considérés comme “journalistes professionnels” mais seulement à certaines conditions : il faut que le but principal de l’entreprise soit l’information, que celle-ci soit réactualisée périodiquement, que « les tâches exercées [soient] exclusivement journalistiques » et qu’elles « [s’exercent] dans une structure journalistique [dans une rédaction digne de ce nom, NDLR] ». Un blogueur ou un “journaliste citoyen” ne peut donc pas être considéré comme “journaliste professionnel” tant qu’il ne tire pas plus de 50% de ses revenus de son activité journalistique, tant qu’il ne publie pas sur un [son] blog sous la responsabilité d’une entreprise de presse, et enfin, tant que les tâches exercées ne le sont pas dans une rédaction digne de ce nom.

Flavien Ganter

[1] Technologie permettant de suivre les articles publiés sur un site Internet (ou tout autre page Web) sans avoir à visiter la page, mais grâce à un agrégateur
[2] Définition de Wikipédia (http://www.wikipedia.org/)
Sources :
•     Le journalisme citoyen à l’assaut de l’information, Frédérique Roussel (article paru dans l’édition de Libération datée du 20 août 2007)
•     Pourquoi le journaliste citoyen se presse sur Rue 89 ?, Philippe Bourlitio (article paru sur Débat Public - http://www.debatpublic.net/ - le 25 mars 2008)
•     Journaliste citoyen ?, Sébastien Bailly (article paru dans Web Citoyen - http://www.webcitoyen.com/ - le 13 juin 2006)

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11 commentaires

  1. narvic
    19 septembre 2008

    Une partie de ce débat, à mon avis, est “polluée” par une ambiguïté, voire un malentendu. La profession, que l’on désigne communément sous le terme de journaliste, ne concerne en réalité que les “journalistes professionnels”.

    Cette profession est l’une des rares à se voir définie par la loi. Elle bénéficie de certaines particularités juridiques et fiscales. Elle est symbolisée par la fameuse carte de presse, qui est bien délivrée, comme le souligne l’article, sur des critères uniquement juridiques (statut de l’employeur) et économiques (proportion du revenu total issu d’une activité de journaliste professionnel).

    C’est ce qui fait dire que la définition du journaliste professionnel est “tautologique” (la définition renvoie à elle-même et ne définit en réalité… rien du tout !): est journaliste professionnel celui qui est employé… comme journaliste professionnel.

    L’appellation de journaliste “tout court”, en revanche n’est pas une AOC (appellation d’origine contrôlée). En France, elle est libre et chacun peut s’en prévaloir s’il le souhaite.

    On peut tenter de définir le terme tout de même, mais ceux qui s’y sont essayés ont eu bien du mal, tellement il recouvre des réalités bien différentes, floues, voire fluctuantes… On peut tenter une sorte de définition “générale minimum” qui pourrait être : toute personne qui s’adresse à un public et lui apporte des informations concernant l’actualité.

    Cette activité correspond à ce que font certains blogueurs, mais pas tous. Il n’y a donc aucune difficulté à ce que ces blogueurs-là, s’ils le souhaitent, soient qualifiés de “journalistes non professionnels”.

    S’il veulent devenir professionnels, il faut - en l’état actuel de la législation -, que cette activité devienne leur source principale de revenu, et que leur blog soit déclaré comme entreprise et obtienne le statut d’entreprise de presse auprès de la commission nationale concernée - ce qui peut se révéler bien difficile à obtenir ;-)


  2. abfaboune
    20 septembre 2008

    Pour travailler depuis plus de 10 ans dans la presse, je considère faire un travail de journaliste sur mon blog et pas dans les publications auxquelles je collabore.

    Tout le monde peut observer que TF1 a annoncé la mort du petit garçon égaré cet été, Europe 1 et France 2 la mort de Pascal Sevran. Les blogs n’ont pas balancé cette info. Ce sont bien des professionnels qui n’ont pas fait leur travail.

    Réduire la profession au fait d’en tirer la majorité de ses revenus, d’être titulaire d’une carte de presse ou de bosser pour des sociétés ayant le bon code APE est regarder ce travail par le petit bout de la lorgnette.


  3. Thomas
    20 septembre 2008

    J’ai bien failli m’étouffer au début de ce billet, heureusement la fin est plus correcte… Etre journaliste ne serait que privilèges et cadeaux ???

    Les blogueurs n’ont à mon avis aucun intérêt à se prétendre journalistes, d’abord parce que la profession a une image écornée aux yeux du grand public, ensuite parce que la force du blogueur est justement son blog. On sait que les blogueurs sont là pour remuer la merde, pour dénoncer des choses, pour être plus objectifs que la presse traditionnelles. C’est ça la vraie force du blogueur.

    Un blogueur est plus un pigiste qui ne se fait pas exploité plutôt qu’un journaliste. Les “journalistes citoyens” et les blogueurs se cherchent désespéremment un statut particulier et c’est vrai que le statut de journaliste s’en rapproche le plus. Mais ce n’est qu’un point de vue administratif et fiscal ! C’est la que je rejoins le commentaire précédent…

    Donc, blogueurs et journalistes citoyens, ne courraient pas après un statut, le grand public vous en reconnait déjà un !


  4. Flavien
    20 septembre 2008

    @Thomas : ce que je voulais dire au début du billet n’est pas que le journaliste n’est que privilèges et cadeaux, mais que c’est une des raisons pour lesquelles un bloggueur pourrait avoir envie d’être considéré comme journaliste. Je reconnais tout-à-fais le travail des journalistes et les respecte, que cela soit claire.


  5. Alias
    20 septembre 2008

    On est journaliste quand on a fait des études ou une formation de journalisme.
    mais bien sûr le citoyen-geek blogueur du haut de ses deux ans certifié dotclear (ou WP, c’est selon les écoles) docteur ès ADSL et Informatique, se croit tout puissant derrière son écran DLC (dans le cul), tout anonyme qu’il est et il dit à qui veut l’entendre “moi je, moi je !!”

    derrière un écran, on ne prend aucun risque, on ne fait pas de travail d’enquête sur le terrain mais ça ose dire que le 11 Sept n’existe pas ou est un complot tout simplement sur la base de quelques rumeurs diffusés sur google et des experts analyseurs vidéo, doctorat en physique et en chimie, spécialiste dans les explosion (de cinéma surement) experts en tout, sauf experts en poing dans ma gueule….


  6. Angelina
    22 septembre 2008

    Tu réponds à la question à la fin de l’article. Pour être journaliste, pas nécessairement besoin d’avoir fait des études de journalisme. 80% des journalistes professionnels sont autodidactes ou viennent d’autres filières. Il faut travailler pour un organe de presse reconnu et plus de 50% des revenus doivent provenir de cette activité. 
    Bel article.


  7. [...] A partir de quand est-on journaliste? [...]


  8. goji
    26 septembre 2008

    un blogueur n’est peut-être pas un journaliste, ou peut-être que si en fait … ce qui est sûr, c’est que les personnes qui se permettent de faire des commentaires stériles et tendant vers le point de Goldwin ne mérite même pas un article. je n’aime pas dénoncer, mais tu te reconnaîtras, Alias. ;)


  9. [...] article sur le débat à propos des blogueurs et de leur statut. Vous pouvez lire l’article ici (je ne le publierai pas sur ce [...]


  10. [...] Flavien qui a gagné le premier prix concernant un article de qualité dont je conseille la lecture “A partir de quand est-on journaliste?” C’est instructif, documenté et bien [...]


  11. Clémentine ^^
    19 octobre 2008

    Bonjour Flavieeent :)
    J’ai attéri sur ton blog et je trouve que tu vas devenir UN VRAI PHILOSOPHE, et qui sait, peut être PRESIDENT x) Haha. ^^
    Bref, voilà, j’étais de passage.
    A Lundi, Bisous


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